lu 2019 09_valerie perrin_changer l eau des fleurs

 

Violette Trenet, épouse Toussaint, est gardienne de cimetière, après avoir été, avec son mari, garde-barrière. Dans la maison de Violette, à l'entrée du cimetière, tout le monde se croise et toutes les histoires se racontent, dans ce havre un peu à part. Et Violette est un personnage particulier, attachant, spécial. Peu à peu, nous allons, au milieu de ces destins croisés, découvrir son histoire à elle, très chahutée, et qui la rend pourtant si lumineuse (oui on peut le voir à travers les pages du livre !). J'ai beaucoup aimé ce livre, ces portraits esquissés ou plus appuyés, ces histoires enchevêtrées, l'ambiance générale, lente, faite de la vie qui va, de l'ordinaire heureux et de l'extraordinaire tragique. J'ai moins aimé certaines longueurs au milieu du roman, mais elles ne sont pas rhédibitoires pour garder l'envie d'aller jusqu'au bout de ce joli récit plein de poésie, et aussi de brutalité, ouatée par une douce écriture et un rythme imperturbable. 

 

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Quelques extraits...

 

Demain, il y a un enterrement à 16 heures. Un nouveau résident pour mon cimetière. Un homme de cinquante-cinq ans, mort d'vaoir trop fumé. Enfin, ça, c'est ce qu'ont dit les médecins. Ils ne disent jamais qu'un homme de cinquante-cinq ans peut mourir de ne pas avoir été aimé, de ne pas avoir été entendu, d'avoir reçu trop de factures, d'avoir contracté trop de crédits à la consommation, d'avoir vu ses enfants grandir et puis partir, sans vraiment dire au revoir. Une vie de reproches, une vie de grimaces. Alors sa petite clope et son petit canon pour noyer la boule au ventre, il les aimait bien.

On ne dit jamais qu'on peut mourir d'en avoir eu trop souvent trop marre.

 

- J'ai dit à Martine que je la quittais pour une autre femme, j'ai menti. A vous, Irène, je peux dire la vérité, j'ai quitté Martine à cause de Martine. Les autres, ceux pour qui on quitte quelqu'un, ce sont des prétextes, des alibis. On quitte les gens à cause des gens, faut pas chercher plus loin. 

 

Léo et moi avons repris des bains moussants ensemble et regardé nos photos de vacances cent fois. On les a accrochées un peu partout dans la maison. Pour ne pas oublier, pour y retourner de temps en temps, l'espace d'un regard.

 

Oui, Violette, le passé est le poison du maintenant. Ressasser, c'est mourir un peu.

 

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Changer l'eau des fleurs, Valérie Perrin, 2018, 560 pages,

Prix Roman des Maisons de la presse 2018