lu 2019 06_virginie grimaldi_quand nos souvenirs viendront danser

 

L'histoire : Marceline (notre narratrice) et son mari Anatole ont plus de 80 ans, ainsi que leurs voisins de l'impasse des Colibris, qui ont emménagé là, comme eux, quand ils avaient la vingtaine. Mais l'existence même de l'impasse est menacée par un projet municipal. Alors ses vieux habitants vont se battre, becs et ongles, par tous les moyens qui vont leur passer par la tête. Et pour commencer, ils se rassemblent et se donnent un nom : les Octogéniaux. Les idées d'actions fusent, certaines seront mises en pratique, et d'autres viendront... Le roman alterne le récit de ce combat, souvent très très drôle, et le récit de Marceline, qui nous raconte ce qu'il s'est passé ici, quelle a été leur vie, histoire qu'on comprenne à quel point le lieu et leurs vies sont liés.

 

Mon avis : un très beau roman sur le temps qui passe, sur la place et le poids des souvenirs. Sur les relations aussi, amoureuses et amicales, et ce que le temps leur fait subir. On rit beaucoup, on pleure un peu (si on a la larme facile), on voit venir la fin de loin mais elle est belle quand même, on s'attache à ces vieux parfois grincheux, parfois déjantés, jamais crédibles mais c'est pas grave parce que ça nous change des vieux geignards ou ronchons (ah ça ! ça manque de l'habituelle déférence vis-à-vis de la vieillesse !), et puis on aime leur histoire. J'ai pourtant eu un peu de mal à entrer dans le roman au début, à cause de ce que je percevais comme un certain maniérisme sur fond niais (la faute à quelques mini-cachotteries un peu malvenues au tout tout début, et à une manière un peu empoulée de nous présenter des banalités sous un angle un peu mystérieux), mais un fois passé cette impression, on prend le rythme, et la suite du roman m'a donné raison d'avoir continué, je me suis bien amusée, en mode "no prise de tête", façon road trip de vieux, avec la touche émotion des souvenirs entre deux scènes potaches. 

Un roman émouvant parce que parfois maladroit, parfois un peu vulgaire, mais plutôt drôle et toujours sincère.

 

***

Nous nous réunissons toujours sur la place, mais les haies ont tracé des frontières entre nous. Ce n'est plus un quartier, ce sont des maisons individuelles. Les haies ont fait barrière à notre amitié.

 

Nous nous sommes perdus de vue alors que nous vivons à portée de regard. Les haies avaient tamisé nos relations. L'accident les a pulvérisées.

 

J'ai vu tellement de personnes fauchées en pleine jeunesse que je ne peux me plaindre d'arriver au bout du chemin. Devenir vieux et sun privilège. Par-dessus tout, j'ai compris que la viene serait pas aussi précieuse si elle était éternelle.

 

Les "trop tard" sont les plus grands regrets.

 

On regarde les choses différemment quand on sait qu'on ne les verra bientôt plus.

 

J'essaie de ne pas regretter. Ce serait ajouter du chagrin au chagrin. On ne naît pas avec les armes pour affronter la vie, on les affûte au fur et à mesure, on apprend leur fonctionnement sur le tas. On se trompe, parfois. On se protège, souvent. Il est plus facile de viser autrui que soi-même. Il est plus facile d'être en colère que triste.

 

***

Quand nos souvenirs viendront danser, Virginie Grimaldi, 2019, 360 pages