lu 2019 04_annie ernaux_la place

 

L'histoire : l'autrice nous parle ici de son père, mort récemment avant ce récit, et nous raconte sa vie depuis sa naissance, et quelques souvenirs perosnnels liés à lui.

 

Mon avis : un très court livre, puissant dans son évocation du défunt. Le parti pris d'un récit factuel, sans le moindre affect de bout en bout, donne un côté à la fois glacial au récit, un peu plaqué, et permet une fidélité absolue, rigoureuse voire rigide, à la mémoire du défunt, à ses choix, sa vie. Idem pour le lecteur, c'est très ambivalent : on en sort frustré de chaleur, d'amour, voire d'un peu de pathos, tout ça étant absent (sauf peut-être en filigrane, faire un livre sur son père, si ça n'est pas un acte d'amour !... bref), mais aussi rasséréné de cette fidélité roide à l'esprit de son père (tel qu'elle l'a perçu en tout cas), de ce choix d'une astreinte à ne rien déformer, quitte à ce que ça oblige à raccourcir le livre, comme c'est le cas. J'ai aimé ce récit particulier, au ton ascétique, à l'écriture fluide, plutôt plate mais cependant riche, foisonnante. Bref, un mini-livre tout en contrastes, plein de non-dits, au ton un peu inhabituel, qui construit un personnage clair, consistant, très lisible. Un hommage saisissant et beau.

 

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L'incipit et un seul extrait :

 

extrait place 011

extrait place 024

 

 

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La place, Annie Ernaux, 1983, 114 pages

Prix Renaudot 1984