lu 2019 03_diane ducret_la meilleure facon de marcher est celle du flamant rose

L'histoire : Enaid (anagramme en miroir de Diane, l'auteure) est à Gdansk, pour une émission de télé, et c'est là que son petit ami choisit de l'appeler pour rompre. Cet évènement émotionnel va l'amener à repenser à sa vie, et on va en profiter, puisque c'est le sujet du roman.

 

Mon avis : j'ai énormément aimé ce livre. Au départ, vu le titre, la couverture (pas la 4ème de couverture, que je lis rarement, en ayant trop croisé qui spoilaient), je pensais avoir dans les mains un roman léger, et le début rigolo m'a plutôt confortée dans ce sens. Sauf que rapidement, la légèreté et l'humour, tout comme les anecdotes amusantes, servent de paravent à des blessures plus profondes, des failles terribles, des mésaventures tragiques. J'ai trouvé des accents de vérité que je connais bien dans cet humour-là, celui qui permet de tenir le coup face aux coups du sort, d'une sincérité brute (et en effet, il semble bien qu'il y ait de vrais morceaux d'autobiographie dans ce roman...). On passe, avec une plume rapide et un sens aigu de la formule, par un peu toutes les couleurs des émotions ; le récit est à la fois drôle, poignant, tragique, presque documentaire parfois, un soupçon de naïveté candide, de la créativité, de vraies tendresse et gentillesse sincères, un régal ! Beaucoup moins léger qu'il n'en a l'air, et du coup plus intéressant.

 

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ATTENTION, il y a du spoil dans les extraits suivants !

 

Moi, fille de personne, je n'arrive pas à m'imaginer devenir un jour mère de quelqu'un.

 

De toute façon, sachant que celui qu'on aime est à 73% fait d'eau, si ça se trouve je ne suis pas amoureuse, juste déshydratée.

 

J'en ai bien croisé, des types, bouquet de fleurs à la main, qui voulaient de moi, mais comme Dieu n'agréa pas le don de Caïn, je n'agréais pas leurs roses carmin. Je me demande bien pourquoi c'est toujours ceux qui ne me plaisent pas ! "Parce que tu ne t'aimes pas assez !" Qui a parlé, Jean-Paul II ou moi ? Qu'elle est facile cette phrase ! Ce n'est pas supposé être le travail des autres, ça, de Jésus, de mes parents, d'un mari, de m'aimer ?

 

Ce n'est pas encore la mode des bipolaires et des pervers narcissiques, en 2000 on appelle bêtement cela un maniaco-dépressif et un connard égoïste. Mais j'ai toujours été en avance sur les tendances. Alors dès que j'en ai vu un, j'ai sauté sur l'occasion. Comment les reconnaît-on ? Une fois qu'il ets trop tard, comme cela, on a bien le loisir de s'en vouloir et de culpabiliser. C'est ce qui fait tout le sel de ces relations.

 

Son bras se lève, puis s'abat. C'est parti tout seul, comme les plombs d'une carabine. La première claque, on n'y est pas préparée, on ne la sent pas. Elle tombe la première fois où l'autre devine qu'il ne nous possède pas, qu'on a gardé un quant-à-soi. Elle vient juste après la colère et avant les excuses.

 

La première fois que l'on accepte de descendre faire des courses en jogging, les cheveux sales, les chaussettes dépareillées, on passe un cap au niveau de l'image de soi.

 

Être malheureux comme les pierres au milieu du paradis, c'est une des pires sensations qui soient.

 

J'ai toujours eu une vision très négative de sa discipline. A cause de Woody Allen. Quarante ans de thérapie pour finir par épouser sa belle-fille, ça vous fait tout de même sacrément chuter le taux de réussite.

 

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La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose, Diane Ducret, 2018, 288 pages