lu 2019 03_patrick lapeyre_la vie ets breve et le desir sans fin

L'histoire : Louis Blériot-Ringuet a la petite quarantaine, il vit aux crochets de sa femme, traduit vaguement quelques trucs médicaux quand il n'a rien d'autre à glander. Il a eu une aventure avec Nora jusqu'à il y a 2 ans, moment où elle a disparu soudainement. Mais c'est une habituée, elle part, va généralement à Londres chez un autre amant, revient, repart... Là, elle revient.

 

Mon avis : un livre assez chiant. Le personnage principal est lâche, prétentieux, menteur, puéril, geignard (personne n'a d'aussi gros malheurs que lui), beauf et parasite, il se sert éhontément des autres, confond histoire d'amour et histoire de cul, mais le tout avec un ego tellement énorme qu'on pourrait presque croire qu'il y a de l'humain dedans. Et tout, dans le style et la façon dont il est présenté, est fait pour nous le rendre théoriquement sympathique, humain, bref "normal". Raté. En dehors de lui, les autres personnages ont peu de consistance, tout à fait en relation avec son nombrilisme. L'histoire est relativement insipide, entre les cinq à sept un peu minables avec Nora, le couple officiel qui se délite entre silences et mensonges, les réclamations de pognon à droite à gauche, la jalousie, l'éternelle histoire du gars qui voit la paille dans l'oeil de son voisin mais pas la poutre dans le sien. Quelques moments détonnent un peu dans ce marasme, quand il va voir ses parents, qu'on suit un peu de loin l'histoire de ses parents, eux aussi victimes, mais moins que les autres personnages, de la lâche fuite du héros (qui a tout pour plaire décidément... un vrai archétype de connard !). La fin aussi change un peu le regard qu'on peut porter sur ce personnage (et donc le roman), comme sur les autres personnages d'ailleurs, mais sans départir le lecteur d'un ennui considérable.

 

Un livre que j'avais déjà partiellement lu et abandonné, il y a 8 ans, dont j'avais fait une critique ici, clic. Je n'en dirais plus du tout la même chose aujourd'hui, je ne l'ai pas abordé de la même manière, j'ai même réussi à le terminer, mais je ne le noterais pas mieux...

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On dirait qu'elle a vu clair dans son jeu et qu'elle lui sourit avec l'indulgence de celles qui en ont déjà rencontré des dizaines d'autres comme lui et savent très bien ce qu'ils ont derrière la tête. 

Il ne lui vient évidemment pas à l'idée qu'il ferait peut-être mieux de céder sa place à un autre.

Car à cet instant - ils marchent un peu dans le fond du parc, à l'abri des regards -, marié ou pas marié, Spencer ou pas Spencer, la question de savoir si oui ou non il est en train de commettre une bêtise ne pèse pas très lourd face à la certitude brutale que cette fille lui est destinée.

C'est à la fois quelque chose de très fort et d'inévitable. Ce qui l'étonne d'ailleurs ce n'est pas que ce soit aussi fort, mais que ce soit aussi inévitable.

 

Le silence revenu, on n'entend plus que le léger tintement des couverts - ils commandent le turbot grillé - et les chuchotis des dîneurs, entrecoupés parfois d'exclamations inattendues, auxquelles on repère les personnes d'un certain âge équipées d'un sonotone déréglé.

 

Tous les hommes ont la nostalgie de ce temps énorme où la vie avait encore l'élasticité du possible.

 

Malgré tout, perdu pour perdu, il tient quand même, lui dit-il en sortant de son mur, à faire une petite mise au point et à lui rappeler que s'il a pu lui arriver de mentir en raison de telle ou telle circonstance, c'étaient des mensonges par omission inspirés par le souci qu'il avait d'elle et par l'amour qu'il lui porte. Même si ça la fait sourire.

En réalité, elle ne sourit pas du tout.

 

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La vie est brève et le désir sans fin, Patrick Lapeyre, 2010, 349 pages,

prix Femina 2010