lu 2018 01_jim fergus_mille femmes blanches

L'histoire : 1874. Le gouvernement Grant décide d'accéder à la demande du chef cheyenne Little Wolf et d'échanger 1000 femmes blanches contre 1000 chevaux. On recrute ces femmes dans les asiles, les prisons, etc. Un premier contingent part rejoindre les Cheyennes en 1875. Parmi elles, May Dodd, dont le livre est le journal.

 

Mon avis : tout d'abord, que ce soit clair : ce roman ne s'appuie sur aucune vérité historique identifiable, ce programme Brides for Indians n'a jamais existé. Cela dit, tout discutable que soit d'avoir imaginer un tel échange (que personnellement je trouve crédible), le roman est un très bon moyen de faire découvrir "de l'intérieur" la politique du gouvernement de l'époque, la façon dont l'envahisseur blanc a utilisé tous les subterfuges possibles et imaginables (mensonges, tromperies, violences, meurtres, etc.) pour voler les terres autochtones. Un bon moyen aussi de regarder la culture Cheyenne avec des yeux de Blanche, de comprendre le choc culturel d'alors, et d'envisager une manière qui aurait été possible de s'entendre. Bien sûr, tout cela est très engagé politiquement, et la vision des choses parfois un peu manichéenne, mais pas toujours, c'est important de le souligner.

Sinon c'est avant tout un roman, avec des personnages bien campés, une écriture fluide, qui permettent vraiment d'entrer dans l'histoire et de s'en passionner. Et avec moi, ça n'était pas gagné, parce que vraiment, la question des indiens d'Amérique ne m'intéresse pas du tout à la base, mais là j'ai purement et simplement adoré suivre les aventures de May Dodd, et avant même d'écrire cette critique, j'ai déjà commencé le deuxième tome... Captivant !

 

Merci Delphine pour ce conseil de lecture ;-)

 

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Quelques extraits...

 

Franchement, vu la façon dont j'ai été traitée par les gens dits "civilisés", il me tarde finalement d'aller vivre chez les sauvages.

 

Je citai : "J'enseignerai la fierté à mes peines..." Ce fut lui qui termina : "Car le chagrin est fier et courbe ses victimes".

 

De leur côté, ces messieurs sauvages donnent l'impression de passer un temps démesuré à paresser dans leurs tipis,à fumer et à palabrer entre eux... ce qui me pousse à croire que nos cultures, finalement, ne sont peut-être pas si différentes : les femmes font tout le travail pendant que les hommes bavassent.

 

"Et c'est ça qui est bien, d'ailleurs, chez les Indiens, je parle de la façon dont ils vivent, ici tu passes pas ton temps à te demander si tu es heureux ou pas. D'ailleurs, à mon avis, cette histoire de bonheur ets une invention ridicule des Blancs à laquelle on attache trop d'importance. C'est exactement comme l'alcool. Pourquoi faudrait-il se poser la question plus qu'un bébé ours, une antilope, un coyote ou n'importe quelle espèce d'oiseau ? Tu as un toit pour te protéger ? Tu n'as pas froid ? Tu as assez à manger ? Suffisamment d'eau quand tu as soif ? Tu as un bon mari ? Des amis ? Et quelque chose à faire pour ne pas rester les bras ballants ?"

 

Si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c'est sans doute qu'ils sont trop occupés à vivre - à voyager, chasser, travailler - pour trouver le temps nécessaire à en faire le récit ou, comme Gertie le suggérait, à méditer sur eux-mêmes. Je me dis parfois que c'est après tout une condition enviable... même s'il me faut toujours voler quelques instants, à chaque fois que possible, pour rapporter fidèlement les événements.

 

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Mille femmes blanches, Jim Fergus, 1997,

traduit de l'anglais One Thousand White Women: The Journals of May Dodd par Jean-Luc Piningre, 2000,

512 pages,

Prix du premier roman étranger