lu 2018 12_salvatore basile_petits miracles au bureau des objets trouves

L'histoire : quand il avait presque 7 ans, un jour, Michele est rentré plus tôt de l'école. Il pensait faire une surprise à sa mère, mais ce jour-là, c'est elle qui lui en a fait une, une mauvaise, et de taille : il l'a trouvée chez eux avec sa valise, sur le départ. Et il ne l'a plus revue. Mais prenons la vie de Michele plus de 20 ans plus tard... Il habite toujours cette maison de chef de gare d'un terminus où il est né, il a repris l'ancien travail de son père, et ses journées passent, identiques, rassurantes et bien réglées, entre la routine des trains, son travail solitaire et les objets trouvés qui peuplent sa maison... Jusqu'au jour où il trouve une poupée, que sa propriétaire vient récupérer comme une tornade, puis le jour où il trouve un vieux cahier rouge... Et soudain, tout se bouscule !

 

Mon avis : un livre absolument charmant ! Avec des sujets graves et douloureux comme l'abandon (sous plusieurs formes), le deuil, la maladie, les lourdes blessures d'enfance, Salvatore Basile nous livre une histoire pleine d'espoir et de tendresse, peuplée de personnages attachants, délicats, humains, tout en ne quittant pas de vue certains aspects plus durs de la réalité. Ce mélange de douceur et de brutalité, de dureté et de moelleux, parce que l'amour se fraie toujours un passage au milieu des aspérité rugueuses de la vie, sont un vrai régal. On est très proche du roman initiatique (voire on est en plein dedans, mais tourné en version feel good) : Michele fait plusieurs rencontres, chacune marque une étape, un pas de plus à la rencontre de lui-même et de sa cicatrisation. Les rencontres sont progressives vis-à-vis de son apprentissage, toujours au bon moment, il en tire chaque fois un enseignement enrichissant qui l'aide à avancer vers la prochaine étape. Et pourquoi pas, après tout ? Quand en plus l'écriture est fluide et bien rythmée, autant ne pas bouder son plaisir !

 

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Feuilletons...

 

[...] tout le monde croit que ceux qui essaient d'être heureux sont fous [...]

 

Parce que c'est ça, le pouvoir du temps : changer les visages, transformer l'amour en habitude, estomper les souvenirs, détruire les rêves, graver la pierre, avaler la mer et faire mourir les étoiles. Mais... mais nous réussissions à les voir, au moins les étoiles. 

 

Ne pas pouvoir pleurer ça fait mal, tu sais ? Parce que la douleur ne sait plus par où sortir et elle reste à l'intérieur.

 

Si on y réfléchit bien, Michele, quand on est triste... cette tristesse est toute à nous. C'est comme... comme une carapace, je ne sais pas si je suis claire. On la garde sur nous et on espère que tôt ou tard quelqu'un nous la retirera. En fait, on a hâte de s'en libérer. En revanche... En revanche quand on est heureux on a peur du contraire. Parce qu'on ne eput pas endosser le bonheur comme une carapace. On ne eput pas attraper le bonheur comme la tristesse. Et donc on sait qu'on peut le perdre d'un moment à l'autre. Voilà, répéta-t-elle en scandant les mots : le bonheur fait peu parce qu'on peut le perdre d'un moment à l'autre. Pourquoi je te disais ça ? Ah oui... parce que, donc, les timides ont juste peur d'être heureux. Je t'ai fait un résumé, mais en gros c'est ça.

 

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Petits miracles au bureau des objets trouvés, Salvatore Basile, 2017,

traduction de l'italien Lo Strano Viaggio di un Oggetto Smarrito par Anaïs Bouteille-Bokobza, 2017,

368 pages (broché)