lu 2018 09_irene nemmirovsky_le malentendu

 

L'histoire : août 1924, alors qu'il est en vacances à Hendaye, Yves Harteloup, ancien poilu et nouveau pauvre, tombe sur un couple, les Jessaint, dont il connaît le mari. Ce dernier doit s'absenter pour ses affaires, et Yves reste donc dans le même hôtel que Denise, l'épouse, et leur fille Francette (et la nurse). Rapidement, à force de quotidien partagé dans la douceur de l'été et des vacances, Denise et Yves s'éprennent l'un de l'autre. Puis viennent l'automne et le retour à Paris (et donc au travail pour Yves, désormais obligé de travailler pour vivre...). Comment cela va-t-il se passer ?

 

Mon avis : une petite presque-bluette bien tournée, où l'atmosphère des années d'après-guerre est très présente, même si ça n'est pas le sujet principal. Une histoire qui (au moins aujourd'hui) pourrait sembler banale, une amourette de vacances qui tourne autrement lors du retour à la vie quotidienne et parisienne, mais ce roman est plus que ça, d'abord de par son ambiance générale, ensuite parce que les ressorts psychologiques sont froidement analysés et mis en pratique. Et tout cela est crédible ! Du coup, au passage, sont évoquées les différences de classe sociale (et le terrible déclassement, courant alors), des ressorts particuliers liés au genre et à une certaine convenance sociale, les traumatismes de la guerre, les progrès comme l'automobile qui creuse encore les fossés, et puis l'oisiveté, qui entraîne frivolité, caprice, exagération... et au final, incompréhension mutuelle. Parce que le mur de tous les couples, légitimes ou pas (d'ailleurs la question morale ou sociale liée à cette illégitimité est purement et simplement absente, le mari n'est qu'un élément matériel parmi d'autres) est bien souvent le même : le manque de communication claire, qui entraîne incompréhensions mutuelles, fausses interprétations, et comme le dit le titre, malentendus, etc.

Si certains passages m'ont agacée par leur misogynie et leur racisme (d'aucuns diront que "c'est l'époque", elle a bon dos !), j'ai, dans l'ensemble, apprécié ce roman qui se lit vite, dans al plume toujours très fluide et vive, au recul agréable, d'Irène Némirovsky. Celui-ci était son premier roman écrit, quel talent !

 

***

L'incipit...

extrait malentendu

 

***

Le Malentendu, Irène Némirovsky, 1926 (première édition), 169 pages