lu 2018 07_jean-paul dubois_la succession

 

L'histoire : Paul Katrakilis a fui sa famille, à l'ambiance mortifère, après la suicide de son grand-père, son oncle et sa mère, et est allé vivre heureux de sa passion, à Miami. Il y coule des années tranquilles jusqu'à cette nouvelle : son père est mort, il s'est suicidé. Retour en France pour régler l'administratif, et c'est là que tout change. Peut-on échapper à son destin ? Quel est le poids de la génétique ? De l'éducatif ? Des choix ? (et les fait-on vraiment librement ?)

 

Mon avis : un excellent roman sur le la vie, de manière globale. Le ton léger, parfois un peu d'humour, ne détournent pas du sérieux du fond, la mort, la vie. La façon dont un tel sujet est traité ici, sans certitudes, sans leçon, sans regarder ailleurs et sans chercher à "consoler", est précieuse, et typique du ton désabusé qu'emploie toujours Jean-Paul Dubois pour décrire une vie pourtant très "vivante", et qui fait qu'en général on l'apprécie (ou pas). Cette fois, il le fait avec une profondeur et une justesse qu'on croise peu dans la littérature contemporaine, sans apitoiement, sans plainte, pas une lourdeur, c'est factuel et presque froid, même si ça parle d'émotions et sentiments qu'on reconnaît, et que les bons amis chaleureux et exubérants ne sont jamais loin, comme pour mieux augmenter le contraste. L'écriture, elle, est toujours juste et exacte, au rythme qui va parfaitement pour transcrire l'émotion intérieure. Le personnage principal, du coup, comme les personnages secondaires d'ailleurs, tient bien la route, on le connaîtrait presque...

Bref, rien à changer à ce roman. Certainement celui que j'ai préféré de tous ceux de Jean-Paul Dubois que j'ai lus, et pourtant je les ai tous aimés !

 

***

Feuilletons...

extrait succession 011

 

 

p.77 : Je me souviens simplement que, tout en essuyant ses joues, à un moment, il a dit : "Il ne faut jamais se tromper de vie. Il n'existe pas de marche arrière." Cette phrase apparemment anodine ne m'a pourtant jamais quitté. Elle m'a accompagné toute mon existence. Je crois même que c'est elle qui, par avion de ligne, m'a envoyé un jour à Miami.

 

extrait succession 166

 

 

p.207-208 : Si ce célèbre ornithologue, né français puis naturalisé américain, savait comme personne dessiner et identifier les oiseaux, il avait en revanche de bien curieuses méthodes. Poour réaliser ses planches, les peindre correctement, il tuait ses specimens avec un tout petit plomb afin de ne pas endommager le plumage. Ensuite il utilisait du fil de fer pour structurer l'oiseau et lui rendre une apparence de vie. Il pouvait alors commencer le dessin. Sa curiosité pour de nouvelles espèces étant sans limites, il se livrait à de véritables massacres partout où il passait, tuant tout ce qui volait, espérant dans le lot de cadavre trouver l'animal rare qu'il recherchait. Ainsi il avait coutume de dire : "Je dis qu'il y a peu d'oiseau quand j'en abats moins de cent par jour."

En 1850, on tenait un tel homme pour un amoureux de la nature.

 

***

La succession, Jean-Paul Dubois, 2016, 234 pages (broché)