serge joncour_l amour sans le faire_lu 2017 11

L'histoire : Franck, cameraman parisien, tombe un soir sur un enfant prénommé Alexandre, comme son défunt frère, en téléphonant chez ses parents, avec qui il n'a pas eu de contact depuis 10 ans suite à une dispute... Un peu interloqué, il décide de s'y rendre... D'un autre côté, on suit en alternance Louise, jeune femme seule dont on comprend vite qu'elle était la compagne d'Alexandre. Au fil de son histoire, on comprend aussi qu'elle a eu un enfant, d'un autre homme avec qui elle a eu une aventure après la mort d'Alexandre, et qui la harcèle depuis. Son emploi menacé imminemment, elle part pour quelques jours retrouver son fils... Et vous imaginez bien que Franck et Louise, qui ne se connaissent pas, vont se croiser.

 

Mon avis : ce qui est bien avec les romans, c'est qu'on peut faire arriver les choses pile quand elles tombent bien ! C'est un peu le cas ici, tout tombe à point nommé, et va dans le sens qui sert le propos. Ceci dit, dans la vie aussi ça arrive, et on appellerait une telle accumulation des signes du destin. Du coup, pas beaucoup de suspens, mais c'est aussi très agréable de parfois se laisser aller à y croire, à penser que tout pourrait s'arranger avec autant de simplicité. Et puis l'intérêt principal du roman est bien sûr ailleurs, dans une forme de subtilité un peu taiseuse à parler des sentiments non-dits, à dire pudiquement ces moments de grâce sans nom où on est juste parfaitement bien, ici et maintenant, en cette compagnie. Bien entendu, il y a aussi queques péripéties, et on est content de voir que les choses s'arrangent, se pacifient, là où il y avait un certain chaos, des animosités, des peurs. Car les personnages, surtout Franck et Alexandre, ont une consistance qui les rend crédibles, vivants, et on s'attache à leur histoire. Louise, elle, est plus transparente. Et c'est bien dommage, parce que ça nous aurait changé de ce Franck un peu puéril, un peu fainéant, un peu geignard quoiqu'incorrect plus souvent qu'à son tour, qui aime être servi sans même s'en rendre compte, et m'a franchement gonflée. Bref, dans l'ensemble, on entre bien dans ce roman, même si le début est un peu laborieux, on imagine cette maison, on voit les terres, il y a quelque chose de l'ordre de la mémoire collective et du roman ou téléfilm d'été. En plus subtil bien sûr, parce que le sujet principal ici reste les sentiments, cet amour qu'on se porte sans le faire.

Après l'abandon d'un livre de nouvelles de Serge Joncour, je ne voulais pas rester sur le sentiment d'"échec" que j'ai toujours de ne pas finir un livre, j'ai donc emprunté celui-ci. J'ai plutôt bien fait, même si mon avis reste mitigé et que je n'irai pas chercher autre chose de cet auteur pour l'instant.

 

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L'incipit et quelques extraits...

 

extrait aslf

 

p.74-75 : Le malheur c'est comme un visage sur le visage, quand la vie vous a marquée d'une épreuve, le risque c'est de ne plus exister qu'à travers ça, d'être à jamais perçue comme la veuve, piégée à vie dans la teinte. Déjà que soi-même on n'arrive pas à se sortir de sa douleur, déjà qu'on a tant d emal à s'en déprendre, il faut en plus que les autres vous résument à ça, c'est comme d'être malade, les autres ne voient plus que ça de vous, un malade.

 

p.137 : En voyant son père avec ce tout jeune épagneul, Franck repensa à ce que disait le grand-père, que les chiens on les aimait en leur supposant une longévité, chaque fois qu'un chien mourait on en prenait un nouveau, jusqu'au jour où vient le chien ultime, celui dont on sait qu'il nous survivra, que celui-là à coup sûr vivra plus loin que soi. Ce chien-là du coup on ne le regade plus de la même façon que les autres, on en devient presque envieux, on passe son temps à déjouer cette idée de la peine qu'on lui fera en partant avant lui. Il y a cinq chiens dans la vie d'un homme.

 

p.280 : Puis ils continuèrent de les regarder filer dans le noir les étoiles, sans même plus les compter, sans même plus faire de voeux, parce que des étoiles filantes en cette nuit de début août, il y en avait plein, jamias une vie ne pourrait contenir tant de cadeaux du destin.

 

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L'Amour sans le faire, Serge Joncour, 2012, 320 pages