veronique biefnot_francis dannemark_la route des coquelicots_lu 2017 09

L'histoire : Olena est Ukrainienne, elle vit illégalement en France, sa fille de 6 ans est restée en Ukraine, et son mari travaille au Portugal. Olena travaille dans une maison de retraite pas comme les autres, La Moisson, dans le Nord, où les résidents logent dans une grande maison à l'ambiance plus familiale et amicale que médicale. Les résidents ont tous un caractère bien particulier, les petites histoires vont bon train, et puis la fin d'une histoire d'amour de deux petits-enfants de résidents va bouleversé tout ce petit monde, et Olena va prendre la route pour sillonner l'Europe avec 3 résidentes...

 

Mon avis : un livre fantaisiste, humain, chaleureux. Un joli roman sur une vieillesse idéalisée, un faux road-trip, où nous partons à la découverte du passé et des zones d'ombre presque ordinaires de chaque protagoniste, où nous irons de petite surprise en petite surprise qui nous feront apprécier ces personnages. En filigrane, une prise de position politique, en ayant choisi comme personnage principal une femme sans papiers (l'essentiel du roman se situe au début des années 90, époque où l'Europe a encore des frontières de circulation), mais en se concentrant exclusivement sur son aspect humain. Au passage, des petites tapes de-ci de-là à quelques préjugés (de classe, de genre). En bref : un roman très agréable, qu'on pourra dire un peu bien-pensant et politiquement correct, pas trop vraisemblable on est d'accord, mais qui se place dans un monde que pour ma part, j'aimerais bien habiter aussi, alors je ne boude pas mon plaisir, même si c'est un plaisir simple et un poil naïf ! 

 

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Quelques extraits...

 

"La vie, c'est ce qui vous arrive quand vous étiez en train de prévoir autre chose". C'est Jeanne Moreau qui a dit ça.

 

[...] elle évoque alors sa passion pour les coquelicots. Toute petite, déjà, elle courait les champs pour en faire des bouquets. "Savez-vous, Olena, qu'il faut brûler la tige quand on les coupe si on veut qu'ils durent un peu plus longtemps ? Savez-vous ce qu'ils signifient dans le langage des fleurs ?" Olena répond que non, que chez elle, on les arrachait de crainte que leurs graines contaminent les céréales... "C'est bien dommage, une si jolie fleur ! s'exclame madame Henriette. Eh bien, en langage des fleurs, le coquelicot, c'est l'ardeur fragile et la consolation. [...]"

 

Olena sourit, se dit que cette fleur modeste est vraiment faite pour elle, que madame Henriette a raison et que les petites choses qui nous entourent, tellement communes qu'on n'y prête plus attentiion, sont parfois les plus belles.

 

Ainsi font les heures, elles tissent des journées, et les journées se rassemblent pour composer des semaines, des années, des vies. Bien que le temps, au bout du compte, soit une illusion, il fait de son mieux pour remplir la mission que nous lui confions et justifier le fait que nous avons inventé montres et chronomètres : il mesure ce que l'on ne peut pas mesurer, le miracle d'être vivant.

 

Qui vous dit qu'Henriette ets plus intelligente que vous ? Elle est plus tourmentée, c'est tout. Les gens tourmentés ont toujours l'air plus intelligents que les autres.

 

Dans cette campagne, ceux qui avaient réussi, qui étaient revenus de la ville fortune faite, aimaient afficher bruyamment leur prospérité et n'en cédaient pas la moindre miette. Olena s'était dit parfois que posséder des biens rendait les gens plus cupides, qu'avoir plus que le nécessaire donnait envie d'acquérir encore plus de choses dont on n'avait pas vraiment besoin... une course sans fin...

 

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La Route des coquelicots, Véronique Biefnot et Francis Dannemark, 2015, 179 pages (version numérique)