rattrapage de mon retard de publication d'avis sur des livres 2/5

L'histoire : le dernier jour d'un condamné à mort. De son réveil au matin à son exécution. On ne saura rien de plus de lui, ou quasi.

 

Mon avis : génialissime. J'aime beaucoup Hugo, et comme j'ai la chance qu'on m'ait offert une liseuse voilà quelques années, il fait partie de ceux que je peux le lire relire et rerelire tant que je veux (pour ceux qui ne pratiquent pas : puisqu'il est dans le domaine public, ses ouvrages sont légalement gratuits en numérique). Celui-ci, je ne l'avais jamais lu, et quelle impasse !! Depuis le récit de "comment ça se passe" concrètement, ce qu'il voit, qui il croise, les procédures, etc., jusqu'à l'exposition avec une concision parfaite de ses états d'âme, de ses réflexions, de son ressenti à l'approche du moment fatidique, on traverse cette journée d'émotions paroxystiques avec le condamné quasiment en apnée. Si on voit bien, aux détails (bagnards en partance, etc.), que l'histoire se situe dans une autre époque, le récit n'en reste pas moins très actuel, la plume incroyablement moderne et vive, et la charge d'une exceptionnelle qualité humaine contre la peine de mort. J'ai adoré !

 

Dans la foulée, j'ai lu une autre nouvelle, Claude Gueux, l'histoire d'un homme condamné à la prison pour avoir volé du pain, qui ira d'injustice en injustice jusqu'à la tragédie. Là encore formidable, puissant, moderne, un vrai petit bijou de perfection littéraire et politique !

 

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Quelques extraits...

 

p.21 :  De deux choses l'une : ou l'homme que vous frappez ets sans famille, sans parents, sans adhérents dans ce monde. Et dans ce cas, il  n'a reçu ni éducation, ni instruction, ni soins pour son esprit, ni soins pour son coeur ; et alors de quel droit tuez-vous ce misérable orphelin ? Vous le punissez de ce que son enfance a rampé sur le sol sans tige et sans tuteur ! Vous lui imputez à forfait l'isolement où vous l'avez laissé ! de son malheur vous faites son crime ! Personne ne lui a appris à savoir ce qu'il faisait. Cet homme ignore. Sa faute est à sa destinée, non à lui. Vous frappez un innocent.

Ou cet homme a une famille ; et alors croyez-vous que le coup dont vous l'égorgez ne blesse que lui seul ? que son père, que sa mère, que ses enfants, n'en saigneront pas ? Non. En le tuant, vous décapitez toute sa famille. Et ici encore vous frappez des innocents.

Gauche et aveugle pénalité, qui, de quelque côté qu'elle se tourne, frappe l'innocent !

 

p.59 : Il s'étiat établi entre la fouel et les charrettes je ne sais quel horrible dialogue : injures d'un côté, bravades de l'autre, imprécations des deux parts ; mais à un signe du capitaine, je vis les coups de bâton pleuvoir au hasard dans les charrettes, sur les épaules ou sur les têtes, et tout rentra dans cette espèce de calme extérieur qu'on appelle l'ordre. Mais les yeux étaient pleins de vengeance, et les poings des misérables se crispaient sur les genoux.

 

p.60 : Que me disait-il donc, l'avocat ? Les galères ! Ah ! oui, plutôt mille fois la mort ! plutôt l'échafaud que le bagne, plutôt le néant que l'enfer ; plutôt livrer mon cou au couteau de Guillotin qu'au carcan de la chiourme ! Les galères, juste ciel !

 

p.87 : Une heure vient de sonner. Je ne sais laquelle : j'entends mal le marteau de l'horloge. il me semble que j'ai un bruit d'orgue dans les oreilles ; ce sont mes dernières pensées qui bourdonnent.

 

p.100 : Ces bourreaux sont des hommes très doux.

 

Dans Claude Gueux :

 

L'entêtement sans intelligence, c'est la sottise soudée au bout de la bêtise et lui servant de rallonge.

 

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Le dernier jour d'un condamné, suivi de Claude Gueux, Victor Hugo, 1829, 129 pages (version numérique)